Charles passe à l'action

 


Tiraillé, Charles voulait laisser passer quelques heures avant de parler à Louise de ce qu’il venait d’apprendre. Il a plutôt laissé s’écouler des jours. Comment lui apprendre des nouvelles aussi ignobles, qui de surcroit concernent un membre de sa famille?

Aussi, il ne peut garder pour lui l’existence d’un trafic de bébés orphelins à partir de Grosse Île. Le récit de Jake et John semble crédible.

L’homme de loi doit agir, informer les autorités, faire cesser la manigance et arrêter ses auteurs. Et après en avoir parlé à Louise, vers qui il pourra se tourner? Jusqu’où la gangrène est-elle incrustée dans l’appareil policier et judiciaire même? À qui peut-il faire confiance? La racine du mal peut être bien profonde, songe-t-il.

Pourquoi ne pas en parler à son frère Jean avant? Deux jours après la visite des jumeaux, il se présente à son étude de notaire située pas très loin de son bureau. En marchant le long des édifices de briques grises, il songe à tout ce qu’il doit lui dire. Lui et Jean avaient soulevé lors d’une récente discussion la possibilité que certains puissent saisir l’occasion de s’enrichir avec cet afflux d’immigrants sans précédent; que certains augmentent les prix pour offrir des services en forte demande peut passer, mais du trafic de personnes, c’est carrément illégal et inhumain, se dit-il en se rendant rencontrer son frère.

Louise au bureau de Charles

Jean n’a pas pris de temps à comprendre ce qui s’est installé sur Grosse-Île. Il le redoutait dès qu’il a entendu parler, en 1846, des projets de quarantaines pour les Irlandais attendus en masse. Oui, on doit contenir la population susceptible de transporter des maladies. Mais la concentration à un même endroit d’un nombre élevé de nouveaux arrivants démunis ne va certainement pas se faire sans heurt, avait-il répété à son frère et à qui voulait l’entendre. L’Histoire est remplie d’escrocs s’étant enrichis lors de grands bouleversements comme celui que le Bas-Canada connaît en ce moment, dit-il.

Venant de servir un verre à son frère, Jean réfléchit tout haut.

-          Tu as deux problèmes. Tu dois dire à Louise ce qui se passe sur Grosse-Île. Notamment avec son policier de cousin. Tu dois ensuite trouver une personne en autorité fiable et capable de faire le ménage dans la station de quarantaine, détaille Jean.

-          Dans les deux cas, ce n’est pas facile. C’est périlleux même.

-          Il faut trouver une solution. C’est énorme, mais nous devons garder ça simple.

-          Comment?

-          J’y pense! Tu devrais convoquer ta femme à ton bureau pour lui dire!, soumet Jean, comme si c’était la trouvaille du siècle. Tu serais dans ton environnement. Certainement plus à l’aise que chez toi. Dans ton bureau, tu es plus à l’aise de discuter de dossiers chauds...

-          Oui, mais en lui demandant de venir me rencontrer à mon bureau, elle va se douter que je veux lui parler de quelque chose de très particulier, commente Charles.

-          Parfait! Comme ça, elle pourra se préparer mentalement. Si tu lui dis le matin que tu veux qu’elle vienne te voir dans la journée, c’est évident qu’elle va se poser des questions. Comme tu n’as pas l’habitude de faire ça, elle va s’attendre à une importante annonce de ta part.

-          Tu as peut-être raison.

-          Il faudra commencer par lui dire ce que tu as appris des jumeaux. Elle trouvera horrible l’affaire des bateaux surchargés au départ pour arriver à moitié vides à Grosse Île. Après, tu lui racontes l’histoire du trafic de bébés. Elle ne pourra qu’être choquée par ton récit.

-          Oui, tu parles.

-          C’est là, une fois qu’elle est estomaquée, que tu lui sers l’implication de son cousin Lavoie. Tu peux penser qu’elle va le classer dans la catégorie des salauds, dit Jean. Elle va automatiquement se sentir moins liée à lui. Louise voudra s’en distancer, ce qui la rendra moins émotive envers son fameux cousin.

-          Donc, je le garde pour la fin.

Présentée de cette manière, l’affaire devient plus simple, admet Charles. Il connaît l’importance des liens familiaux pour son épouse. D’un autre côté, le trafic d’enfants n’est nullement acceptable. Elle sera la première à le dire. Son cœur de mère réagira, balayant l’attachement qu’elle peut éprouver pour son cousin.

-          Et ensuite? À qui doit-on parler pour dénoncer le complot?, demande Charles. Je me vois mal m’adresser à la police… On doit viser plus haut.

-          Laisse-moi encore du temps, mais je pense que nous devrons monter le plus haut possible. Au gouverneur général.

C’est sur cette note engageante que les deux frères se quittent, non sans avoir auparavant énuméré les derniers ragots politiques circulant en ville.

Nouvellement en poste, Lord Elgin, le gouverneur général, est connu pour son discernement. Plus ouvert que son grand-père Lord Durham, auteur du rapport controversé baptisé Report on the Affairs of British North America, publié en 1839, et qui proposait tout simplement l’assimilation des Canadiens français en unissant les deux Canada. Ce rapport avait choqué les frères Sieur, comme bien d’autres de leurs concitoyens. C’est pourquoi Charles et Jean se sont toujours méfiés des représentants que la Couronne britannique vient assoir dans les sièges de haute direction ce côté-ci de l’océan.

Mais l’importance du crime commande qu’on s’adresse aux plus hauts échelons de l’autorité du pays. L’avocat et son frère notaire sont convaincus qu’Elgin n’a jamais eu vent des complots qui pourrissent l’œuvre de Grosse Île. L’Anglais a bonne réputation. Il voudra qu’on fasse la lumière sur ces crimes graves.

Le lendemain matin, Charles est demeuré silencieux durant le déjeuner. Louise n’a rien remarqué d’anormal, puisque son conjoint aime bien lire et relire ses journaux avant de partir pour le travail. Pas très loquace le matin. C’est en mettant la main sur la poignée de porte de la sortie qu’il l’invite à venir le visiter à son bureau durant la journée.

-          Pardon?

-          Oui, tu as bien compris. Viens me voir au bureau aujourd’hui, répète Charles.

-          Pourquoi?

-          J’ai quelque chose à te dire, répond son conjoint juste avant de refermer la porte et de marcher vers le trottoir d’un pas rapide.

Intriguée, Louise ne comprend pas pourquoi Charles l’invite ainsi à son bureau d’avocat. Ce n’est pas dans ses habitudes. Jamais il ne lui a dit de venir le rejoindre à son étude sans lui dire pourquoi. Ce n’est pas son anniversaire ni celui de leur mariage…

Que veut-il lui confier qu’il ne peut pas dire à la maison? Est-ce une nouvelle en lien avec sa carrière? Est-ce la présence des garçons à la maison qui le gène? Les jumeaux sont habituellement discrets quand il le faut, se dit-elle, tout en finissant de ramasser la cuisine après le repas du matin.

Les jumeaux ayant décidé d’aller faire un tour au port de Québec, Louise se dirige chez Catherine, avant de se rendre voir son mari. Charles n’avait pas spécifié d’heure. Elle envisage de s’y rendre en fin d’avant-midi, après sa visite chez sa grande amie.

-          Tu as raison, Charles n’a pas l’habitude de te faire des cachettes!

-          Je le trouve bizarre depuis quelques jours, enchaîne Louise après l’affirmation de sa copine. Il ne parle pas beaucoup. Il a l’air songeur.

-          Ce n’est pas Charles ça, ajoute Catherine, en lui versant son éternel thé. Tu vas y aller, j’espère.

-          Oui. J’avais prévu venir te voir de toute façon. Et je me rends à son bureau tantôt. Il ne m’a pas dit d’heure à laquelle je pouvais me pointer. Qu’est-ce que tu en penses?

-          Les hommes peuvent être des boîtes à surprises, tu sais. C’est peut-être pour t’offrir un cadeau!

La discussion a vite tourné vers les derniers potins chauds recueillis lors des différentes activités sociales des deux femmes. Les sujets potentiels de commérage étant épuisés, comme sa tasse de thé, Louise met le cap vers le bureau de son mari. Celui-ci se trouve à quelques rues de là.

Arrivée devant l’édifice, Louise a la même attitude hésitante que ses deux fils adoptifs, quelques jours plus tôt quand ils s’étaient présentés à cette même adresse. Oui, elle bien hâte de savoir ce que Charles a à lui dire. Mais d’un autre côté, elle redoute qu’il s’agisse d’une mauvaise nouvelle. La meilleure manière d’en avoir le cœur net est de foncer au plus vite, se dit-elle, juste avant d’ouvrir la porte de l’édifice et de monter les marches menant au bureau de son mari. Saluée par des membres du personnel des autres firmes locataires du bâtiment, Louise défile d’un pas assuré jusqu’à la porte de l’étude juridique de Charles. Il est plongé dans un dossier quand elle passe la tête derrière la porte, affichant un large sourire pour le saluer.

Charles lui indique de prendre place sur l’une des chaises installées devant son pupitre, le temps de terminer le paragraphe qu’il avait entrepris de lire et d’annoter.

-          Tu m’intrigues Charles avec ton invitation lancée sans explication, dit Louise, ne pouvant se retenir bien longtemps. Pourquoi me faire venir ici quand tu aurais pu me parler à la maison? Nous sommes toujours ensemble le soir et le matin. Et puis, ici, c’est toi le patron; tu peux prendre congé quand tu veux.

Charles prend le temps de ramener à son esprit l’ordre élaboré avec Jean pour dévoiler à Louise les informations concernant Grosse-Île.

-          Je dois te dire quelque chose qui me vient de Jake et John. Ils sont venus ici l’autre jour pour me transmettre ce qu’ils ont appris sur Grosse Île.

-          Ils sont venus ici? Ils ne m’ont jamais demandé s’ils pouvaient se rendre à ton bureau. Je n’aurais pas voulu qu’ils viennent ici pour te déranger. S’ils ont quelque chose à te dire, ils peuvent le faire le soir au souper. Nous avons toujours été ouverts aux discussions, déclare Louise, un peu essoufflée par le débit de sa réponse et la surprise. Pourquoi venir ici et non pas en discuter avec nous à la maison?

-          Parce que ça te concerne…

« Me concerne », se demande Louise. « De Grosse-Île » ?

Louise a beau essayer de tout mettre en ordre ce qu’elle vient de recevoir, elle n’arrive pas à y voir clair. Les jumeaux ont découvert quelque chose à la station de quarantaine et elle est concernée?

-          En fait, ils ont découvert plusieurs informations sur Grosse-Île, reprend Charles, conscient que son introduction a certainement ébranlé son épouse. Ils ont été témoins de quelques… phénomènes qui méritent d’être révélés au plus vite.

-          Est-ce possible de me dire ce que tu sais au plus vite au lieu de me faire languir avec tes phrases d’avocat? Viens-en aux faits!

-          Oui, oui. Premièrement, lors de la traversée vers le Canada, les gars ont appris que des capitaines, dont celui du navire qu’ils avaient pris, ont élaboré un plan pour surcharger les bateaux de passagers et favoriser la mortalité durant le voyage. Les corps sont jetés à l’eau. Comme ça, le bateau perd du poids et il vogue plus vite. Il se rend plus rapidement à destination et peut repartir plus vite pour faire un autre voyage. Ça peut vouloir dire faire un voyage de plus que les autres durant la saison de la navigation. Il y a énormément d’argent à faire.

-          C’est horrible, lance Louise. Mais en quoi ça me concerne?

-          Attends, j’y viens. C’est une assez longue histoire, mais tout se tient.

-          D’accord. Continue s’il te plait, réclame-t-elle en détachant les syllabes.

-          Il y a ces décès en mer et ceux qui se produisent sur l’île, tu en as entendu parler comme moi.

-          Bien sûr.

-          Qui dit décès, dit enfants sans parents. Des enfants qui deviennent orphelins du jour au lendemain.

-          Nous en savons quelque chose, ajoute Louise. Nous en avons adopté deux.

-          Oui, mais comme moi tu t’es demandé pourquoi il n’y avait pas de bébé disponible à l’adoption? Et bien c’est parce que certains ont entrepris de les vendre à des Américains prêts à payer pour les avoir. Il s’est donc installé un trafic de bébés à partir de Grosse-Île.

-          C’est épouvantable! Vendre des bébés!, je veux vomir!, s’insurge Louise. Il faut être sans cœur pour faire des choses pareilles. C’est donc ça qui se cache derrière l’impossibilité d’adopter des plus jeunes enfants en provenance de la quarantaine. Je comprends, mais en quoi ça me concerne, encore une fois, outre le fait que nous avons adopté deux adolescents?

-          C’est là que ça te concerne, reprend Charles. Si des gens malhonnêtes réussissent à entretenir un pareil trafic, c’est que des personnes bien placées ferment les yeux et y participent.

-          Comme qui?

-          Ton cousin.

-          Mon cousin?

-          Oui, Eugène Lavoie. Le policier. Celui qui estvenu à la maison l’autre jour pour la fête en l’honneur de Jake et John! Imagine comment ils se sentaient nos gars. Juste avant de partir de l’île, ils l’avaient entendu parler avec un autre policier des passe-droits aux bateaux surchargés et du trafic de bébés.

-          Quelqu’un de ma famille impliqué dans pareille organisation! Et ce corrompu est venu chez moi. Il était tout sourire. Eugène n’a rien laissé transparaître. Oui, il a parlé de la difficulté de travailler sur Grosse-Île à cause de la maladie et de la mortalité, mais personne n’a rien remarqué.

-          Je tenais à te le dire avant d’entreprendre des démarches pour faire arrêter les suspects. On doit les traduire en justice.

-          Même mon cousin?

-          Il le faudra s’il est impliqué. Lui est ses comparses. Ils profitent du malheur de pauvres gens pour s’enrichir. Ils ne font pas ça pour le plaisir. Il y a certainement d’importantes sommes d’argent à faire, affirme Charles. Combien de bateaux sont venus accoster à Grosse-Île? Combien de bébés sont devenus orphelins? Je comprends que ton cousin était tout sourire l’autre jour…

Charles redoutait la réaction de sa conjointe, apprenant qu’un membre de sa famille était impliqué dans pareil complot. Un policier en plus.

Les cousines

La stratégie d’y aller par étape, en commençant par lescapitaines laissant mourir des passagers sur les bateaux, ensuite en dévoilant le trafic de bébés, pour terminer par l’implication de son cousin, était la bonne. Louise a pu prendre la mesure de l’ampleur des crimes qui se produisent à Grosse-Île, croit-il.

Elle lui explique que son cousin Eugène Lavoie faisait figure de grand frère de la plupart des cousines de la famille du côté de sa mère née Lavoie. C’est à lui, étant le plus vieux des cousins de la même génération, qu’on avait confié le mandat de veiller sur les jeunes filles de la famille lors des soirées de danse. Les parents s’étaient comme mis d’accord pour qu’il aille chercher la demi-douzaine de cousines et les ramène à bon port une fois la veillée terminée.

Plutôt calme et pourvu d’une forte carrure, le jeune Eugène avait la confiance des frères et sœurs de la mère de Louise. Ils n’hésitaient pas à laisser leur progéniture partir avec lui pour  aller « jeunesser » dans le voisinage « les bons soirs », a expliqué Louise pour mettre en contexte ses liens d’autrefois avec son cousin Eugène.

-          Il était assez protecteur, disons. Les gars qui osaient nous demander à danser devaient s’être montrés très respectueux, se souvient Louise. Ils le craignaient. Je ne suis pas surprise qu’il soit devenu policier.

-          On dirait qu’il a mal tourné, répond Charles en soulevant les sourcils.

-          Que vas-tu faire?

-          J’en ai parlé avec Jean mon frère. Nous devons nous adresser aux plus hauts échelons militaires pour faire cesser ce manège. Nous irons directement au gouverneur!

Jean avait entrepris des démarches pour savoir à qui ils devaient s’adresser pour dénoncer officiellement le complot de Grosse-Île. Sachant que Charles devait parler de la découverte des jumeaux à Louise, il a pris rendez-vous le lendemain avec un responsable de ce genre de plaintes pour fraude au bureau du gouverneur général Lord Elgin.

Charles a de son côté examiné la possibilité d’évoquer une disposition de la Common Law lui permettant de déposer des accusations lui-même en tant qu’avocat si rien ne se passait pour démanteler l’organisation.

Une fois devant le responsable des plaintes, les deux frères Sieur déballent tout ce qu’ils savent des deux manigances qui ont cours au centre de quarantaine. L’homme en complet gris prend des notes. Jamais il ne sursaute en entendant les détails énumérés par Charles sur le trafic de bébés et les équipages ne prenant pas soin de leurs passagers. Il s’est contenté de demander quelques précisions sur les possibles complices et les mécanismes permettant de cibler des enfants.

Sans plus d’expression, le fonctionnaire du bureau du gouverneur remercie les deux hommes et leur promet de pousser plus loin l’enquête sur les agissements des policiers de l’île et sur les ramifications du trafic d’enfants. Un tel travail n’aboutira pas rapidement, dit-il. On ne peut toutefois pas laisser une organisation criminelle de la sorte opérer sans intervenir bien longtemps, affirme-t-il, tout en rassurant Charles et Jean. Il se pourrait aussi que des enquêteurs les contactent pour obtenir d’autres informations pouvant les aider dans leur travail, ajoute-t-il.

Le soir venu, Charles informe Jake et John qu’une plainte a été déposée auprès des autorités compétentes pour dénoncer ce qu’ils avaient découvert lors de leur séjour sur Grosse-Île. C’est grâce à eux si on réussira à mettre fin à ces activités illégales. Des gens pourraient être arrêtés et jetés en prison, leur dit-il.

-          L’important, c’est de faire comprendre que des gens viennent ici pour un monde meilleur, intervient John. Ils ne veulent pas être victimes de personnes malhonnêtes.

Des jours passent sans que Charles n’entende parler de quoi que ce soit. Jusqu’au jour où, en fin d’avant-midi, le fonctionnaire, toujours en complet gris, se pointe à son bureau. Le matin, l’informe-t-il, des soldats sont débarqués sur Grosse Île. Ils ont mis aux arrêts Eugène Lavoie et ses acolytes du service de police. En tout, quatre hommes ont été arrêtés, dont Hector Petit.

L’enquête mise sur pied après la déposition des frères Sieur a porté ses fruits, ajoute l’informateur. D’autres arrestations et accusations pourraient venir, car on soupçonne que le réseau soit assez étendu. On a aussi fait des démarches auprès des autorités des États-Unis afin qu’on retrouve des collaborateurs du réseau de trafic de bébés au sud de la frontière.

Se montrant un peu plus chaleureux, le fonctionnaire le remercie une autre fois d’avoir contribué à coffrer les leaders de cette organisation.

Commission d’enquête

Charles s’empresse de contacter les journaux pour leur apprendre la bonne nouvelle. Il ne manquera pas un article publié sur le sujet. L’affaire tapisse les manchettes jusqu’à Montréal. On n’arrête pas souvent des membres de la force policière impliqués dans un complot aux activités aussi choquantes.

Il se mettra aussi à la tâche d’écrire des lettres aux journaux pour faire connaître sa satisfaction devant cet heureux dénouement. L’avocat suivra attentivement le reste des procédures. Lavoie, comme les autres accusés, en vient par avouer sa culpabilité et prend le chemin de la prison.

Dans ses lettres subséquentes adressées aux journaux, Me Sieur réclame une commission d’enquête sur l’ensemble de la gestion du centre de quarantaine de Grosse-Île. On devrait entendre les acteurs qui avaient mandat d’accueillir les immigrants arrivés ce côté-ci de l’Atlantique et de faire en sorte que les maladies ne se propagent pas dans la population, réclame-t-il.

Sa proposition n’est pas passée inaperçue. Le gouverneur général décrète la tenue d’une commission d’enquête sur Grosse-Île. Il nomme du même coup Me Charles Sieur à titre de commissaire en chef de l’enquête à mener pour faire la lumière sur les activités du centre de quarantaines.

Les travaux de la commission s’étalent sur quelques semaines et mènent à la production d’un rapport accablant sur le manque de préparation en qualité et en quantité des équipes chargées de faire le travail à la station d’accueil des Irlandais. Des prêtres, des médecins et des gens ayant séjourné sur Grosse-Île sont venus témoigner.

Les journalistes suivent attentivement le déroulement de l’enquête, comme ils ont rapporté régulièrement l’évolution de l’arrivée des navires au port de Grosse-Île et surtout du décompte des malades et des morts, dont les chiffres ne concordaient souvent pas…

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