La longue marche de Louise
Louise se félicite d’avoir pensé à chausser ses meilleurs souliers pour marcher. Parce que le retour à la maison ne se fait pas par le chemin le plus court. Emprunter différentes rues lui permet de prendre du temps pour réfléchir seule à ce que vient de lui proposer son pasteur. Sans être trop insistant, le curé de la paroisse s’est montré assez ferme.
La commande de l’archevêché de Québec est claire; les
paroisses doivent trouver des familles capables de prendre sous leurs ailes des
orphelins. On doit faire en sorte qu’ils soient élevés dans des familles
catholiques et éviter leur égarement vers des communautés protestantes ou
autres.
Elle a dit vrai : jamais il n’a été question d’adoption
pour concrétiser le rêve d’avoir un enfant. Pas que Charles et son épouse
soient contre l’idée. Tout simplement parce qu’ils n’y ont pas songé. Personne
dans leur famille respective n’a eu recours à l’adoption pour former une famille.
Pas de voisin ayant dû accueillir des enfants de la parenté après le décès de
leurs parents.
Comment aborder le sujet avec Charles?, se demande-t-elle, tout en déambulant le long d’une rue donnant sur le port de Québec. Il lui reste bien des rues à arpenter avant de retourner à la maison, donc du temps pour réfléchir. Plus elle marche, plus l’idée de devenir mère dans un avenir rapproché lui plaît.
Un garçon ou une fille?, se demande-t-elle en esquissant
un léger sourire.
Son avocat de mari va certainement analyser cette
possibilité d’un autre angle. L’enfant a-t-il été malade durant le voyage ou
une fois arrivé sur l’île? A-t-il de la famille établie ailleurs au pays?
Quelles sont les obligations des parents adoptifs? Que signifie en termesjuridiques le fait que l’enfant soit né dans un autre pays? Charles va
certainement se poser ce genre de question, se dit Louise, alors qu’elle se
trouve à deux rues de la maison.
Comme elle aimerait avoir le conseil d’une mère. L’avis d’une femme ayant accouché et bercé un bébé en pleurs durant les nuits.
En
parler à sa meilleure amie Catherine! Une mère de quatre enfants bien à elle.
Oui, une fois qu’elle aura discuté avec Charles, se dit-elle.
À sa mère Simone? Une femme ayant donné naissance à sept
bébés. Certainement, mais elle demeure de l’autre côté du fleuve. Pas question
de traverser sur la Rive-Sud pour aller lui demander conseil. Trop compliqué
pour le moment. On devra prendre une décision rapidement.
À son arrivée à la maison, son conjoint n’est pas encore
revenu du bureau pour le dîner. Louise choisit de ne pas lui en parler
immédiatement. De toute façon, Charles n’est jamais très jasant le midi. Vaut
mieux attendre au souper, juge-t-elle. Louise ne veut pas trop tarder. Le curéBouchard souhaite une « réponse assez rapide », lui a-t-il dit justeavant qu’elle quitte le presbytère et entreprendre sa longue marche deréflexion.
Nous?
C’est quand Charles s’apprête à creuser dans son bol de
soupe avec sa cuillère, après avoir parlé de sa journée chargée, que Louise se
décide de lui faire part de la suggestion du curé Bouchard. Sans lui dire qu’il
avait insisté sur l’importance de prendre une décision dans un bref délai, elle
mentionne avoir déduit que peu de bébés sont offerts à l’adoption présentement.
-
C’est une belle idée, mais est-ce que ça
s’appliquerait à nous? Un enfant ayant vécu pareil traumatisme après avoir
connu la misère et la famine, traversé l’océan, serait heureux dans un foyer
comme le nôtre?, se questionne Charles après avoir appris la nouvelle. Ça demande
réflexion. Nous n’avons jamais envisagé l’adoption depuis le temps que nous
essayons d’avoir un enfant. Et puis, serais-tu à l’aise d’adopter un enfant
plus vieux?
La série de questions formulées par Charles n’est pas la
réponse qu’attendait sa femme. Louise s’efforce de ne pas laisser paraître sa
déception et son envie d’accepter la demande du curé. Elle ne souhaite pas
l’influencer outre mesure afin que le couple puisse prendre la pleine mesure du
projet et une décision éclairée. Et puis il y a toutes ces autres questions
d’ordre légal que son avocat de mari soulèvera certainement en cours de réflexion.
Le rêve de porter un enfant pendant neuf mois en son sein
semble s’éloigner. Surtout que la possibilité de l’adoption vient de lui être
proposée. Surtout que durant toutes ces années, toutes les tentatives pour
devenir enceinte n’ont pas fonctionné. Chaque fois, Louise et Charles se
disaient qu’il fallait laisser la nature faire son œuvre. Cette chère nature n’a
jamais voulu collaborer.
-
J’ai toujours voulu un enfant à moi,
répète-t-elle. Tu le sais parfaitement. Combien de fois je l’ai dit devant toi
et nos amis. Nous avons donné la chance à la nature de nous donner un enfant.
Et j’ai prié bien souvent. Monsieur le curé le sait. Mais la nature ne nous a
pas aidés beaucoup. Tu ne trouves pas?
-
Je sais. Je l’ai constaté comme toi. Chaque
couple veut avoir des enfants issus de leur union. Je pense qu’il faut y
réfléchir longuement. L’arrivée parmi nous d’un nouveau membre dans la famille
viendrait bouleverser bien des choses.
Le lendemain matin, une fois Charles parti au travail, Louise
enfile encore une fois ses meilleurs souliers pour rendre visite à sa meilleure
amie. Son mari n’a pas fait allusion à la discussion de la veille. Sachant
qu’il ne parle à peu près pas en se levant, Louise ne s’inquiète pas davantage.
Chez Catherine
C’est avec un large sourire que Catherine lui ouvre la porte
de sa maison située à quelques coins de rue. Il y a un certain temps que les
deux femmes ne se sont pas visitées. Catherine, comme toujours, a beaucoup à
dire à sa meilleure amie. Elles ont du temps à rattraper. Louise la laisse
déballer sa liste de changements plus ou moins importants survenus dans sa vie,
celle de son conjoint, ses enfants et ses parents, etc.
Quand le verbomoteur de la haute ville reprend son souffle, Louise
insère qu’elle a quelque chose d’important à lui dire.
-
Je suis...
-
Tu es enceinte! Bravo, lance Catherine en se
levant de sa chaise pour s’approcher de son amie et la serrer dans ses bras. Comme je suis contente pour toi! Vous vouliez
un bébé depuis si longtemps, ajoute-t-elle sans s’apercevoir que Louise n’a
aucune réaction; qu’elle est même un peu mal à l’aise devant sa réaction.
-
Non Catherine, ce n’est pas ça. Du moins, pas
tout à fait.
-
Oh. Je suis désolée. Je croyais que ça y était
cette fois. J’étais tellement heureuse pour toi tout d’un coup.
-
J’ai bien vu ça, dit Louise en replaçant sa
robe. Non, je ne suis pas enceinte, mais Charles et moi devons prendre une
décision qui demande réflexion. Mais nous n’avons pas beaucoup de temps.
-
Quoi?, demande Catherine, qui vient de prendre
un air grave en retournant sur sa chaise. Pas quelque chose de triste j’espère?
J’ai prié pour vous deux tu sais!
-
Non. Absolument rien de triste ne nous arrive et
merci de prier pour nous. Mais nous devons prendre une décision dans les
prochains jours et j’aimerais que tu me donnes ton idée.
-
Oui, certainement. Mais tu m’intrigues tu sais!,
répond Catherine, en repoussant sa tasse de thé dont elle n’a pas encore pris
une gorgée.
-
Ça remonte à trois jours. Je suis allée à la
confesse…
-
Oui c’est vrai il y a longtemps que je ne suis
pas allée, coupe Catherine, incapable de se taire comme d’habitude et ramener
la discussion vers elle. Je m’excuse! Continue, continue!
-
Bon, comme je disais, après la confesse, le curé
m’a demandé d’aller le rencontrer au presbytère. De prendre rendez-vous, car il
avait quelque chose à me proposer.
-
Tu devais te demander quoi il voulait te dire?
-
Oui, beaucoup tu t’en doutes. J’ai pu avoir un
rendez-vous le lendemain. C’est là qu’il m’a parlé de quelque chose dont je ne
me doutais absolument pas…
-
Quoi? Quoi?, ajoute Catherine, incapable
d’attendre plus longtemps que son amie crache le morceau.
-
Il m’a parlé de ce qui se passe sur Grosse Île
depuis le printemps. Tu sais que c’est une station de quarantaine pour le monde
qui arrive par bateau d’Europe, principalement d’Irlande pour échapper à la
famine?
Catherine fait signe de la tête qu’elle le sait et demande
de continuer le récit avec ses mains sans émettre un son.
-
Monsieur le curé m’a parlé des gens qui meurent
avant d’arriver et une fois rendus sur l’île. Je le savais, car c’est plein de
nouvelles sur les décès de la station de quarantaine. C’est très grave ce qui
passe là, dit-elle, pour mettre du suspense dans son histoire. Des enfants se
retrouvent sans parent. Des orphelins.
-
Et?, mentionne Catherine n’ayant visiblement pas
encore fait le lien.
-
On cherche des parents pour les adopter…
Après un court silence, son amie réagit finalement.
-
Oui! Vous allez adopter un orphelin de l’île!
Quelle bonne idée! Mes félicitations!
-
Ce n’est pas encore décidé. Nous réfléchissons,
avertit Louise d’un ton ferme qui ne laisse pas un grand terrain de jeu à la très
expressive Catherine. Ce n’est pas une décision qu’on doit prendre à la légère,
même si le curé dit que le temps presse. Il y a déjà plusieurs orphelins sur
Grosse Île. Même que le nombre augmente. Les autorités doivent faire quelque
chose, m’a-t-il raconté. Depuis ce temps-là, je ne sais plus quoi penser.
-
Je te comprends, mais c’est une belle chance
d’avoir enfin un bébé à toi!
-
Oui et non. C’est là que se situe le problème.
Il n’y a pas de bébé à adopter. Les enfants sont grands. Ce n’est pas comme accueillir
un bébé tout neuf dans sa maison. C’est moins malléable. Ça peut être près ou
dans l’adolescence.
-
Je vois, dit simplement Catherine en
réfléchissant en même temps.
-
Charles m’a fait remarquer qu’il y a plein de
facteurs à considérer quand l’enfant est plus vieux. Il a vécu certaines
expériences peut-être moins compatibles avec notre mode de vie. Ces enfants
sont nés dans un pays en famine. Ils ont traversé l’océan dans des bateaux
insalubres. Ils ont vu la mort de près. Peut-être ont-ils assisté à celle de
leurs parents? Seront-ils affectés pour le reste de leurs jours?
-
Ce n’est pas évident. Ce n’est pas une décision
facile, loin de là. Je te comprends. Mais au fond de toi, Louise, qu’en
penses-tu?
-
Dans mon cœur de mère?, demande-t-elle.
-
Oui.
-
Mon cœur de mère me dit qu’il veut un enfant,
mais aussi qu’il veut aider. Aider un enfant qui n’a pas demandé à être dans la
misère. Un enfant qui ne connaîtra plus la joie d’avoir des parents qui
prennent soin de lui, qui le gâtent à son anniversaire et à Noël. Mais je sais
qu’il ne sera pas possible de le bercer. La période des coliques sera passée.
Ses dents seront toutes poussées. Des moments que je ne pourrai pas vivre avec
mon enfant comme les autres mères.
-
Ce ne sont pas toujours des moments faciles,
mais une mère s’attend à les vivre avec son enfant.
-
Finir ma vie sans avoir eu d’enfant, j’ai peur
d’avoir manqué quelque chose d’important. Comme la nature ne semble pas vouloir
nous donner un bébé, il ne me reste que l’adoption. Nous n’avions jamais
envisagé ça. Pas que nous soyons contre. C’est juste que nous n’y pensions
pas. C’est là que je suis rendue dans ma
réflexion. Si Charles accepte, je vais dire au curé Bouchard qu’il entreprenne
les démarches.
Aucun encouragement
C’est inévitable, quand Charles rencontre son frère, la
discussion dévie toujours vers la politique. Cette fois-ci n’a pas manqué
d’amener les Sieur à débattre de ce qui est sur toutes les lèvres de la région
de Québec : le flot toujours plus grand d’immigrants qui débarquent àGrosse Île. Et surtout les décès sur les bateaux, sur l’île et éventuellement à
Québec. Issus de la même branche politique, ils ont des idées similaires
portées par des courants libéraux, toujours empressés à prêcher les vertus du
progrès et du développement de la ville.
Charles et son frère Jean ne se contentent pas d’un seul
journal. Chaque fois qu’on publie une nouvelle édition, ils la dévorent d’un
couvert à l’autre, sans oublier tout ce qui s’écrit sur les ravages des maladies
à la station de quarantaine. Cela n’est pas sans aiguiser leur opinion sur ce
qui aurait dû être fait pour mieux prévoir ou même empêcher cette déportation
d’immigrants vers le nouveau continent.
-
L’an dernier, dès qu’on a su qu’une vague
d’immigration aussi immense se préparait, il aurait fallu faire des
représentations auprès de Londres pour empêcher autant de départs vers le
Canada, lance Jean Sieur, un notaire de profession ayant servi en tant que
diplomate à quelques reprises. Tu avais raison d’écrire cette lettre d’opinion
dans Le Canadien.
-
C’était su de tous qu’on se préparait à des
départs massifs de l’Irlande, opine Charles qui s’est rendu chez son frère
prendre un café avant de se rendre au bureau, comme il en a l’habitude de faire
au moins une fois par semaine.
-
On a vidé les hôpitaux et les refuges en
Angleterre et en Irlande pour que ces pauvres personnes viennent peupler les
rives du Saint-Laurent! Mais à quel prix?, demande Jean.
-
Au prix de milliers de morts! Il est certes
important d’aider cette population malheureuse, mais nous n’étions pas prêts à
recevoir autant de monde. Nous en avons la preuve chaque jour, depuis l’arrivée
des premiers navires à Grosse Île.
-
Là-bas non plus ils n’étaient pas prêts. On nous
fait croire qu’il y a des stations de quarantaine dans les ports irlandais et
en Angleterre pour retenir les gens malades. Je crois que c’est une farce
monumentale! Les passagers s’embarquent sans aucune vérification, sans
supervision des autorités. Qu’ils quittent le pays au plus vite pour que ces
masses gênantes ayant vidé les campagnes n’encombrent plus les villes. Qui
supervise? Personne je suis certain!
-
Sinon, il n’y aurait pas autant de morts sur les
bateaux et à Grosse Île, renchérit Charles.
-
Combien d’enfants se retrouvent sans parents
maintenant?
En constatant que son frère dévie la conversation vers les
orphelins toujours plus nombreux sur l’île, Charles décide que c’est le bon
moment de lui parler du projet soumis par Louise d’adopter un enfant de la
station de quarantaine. Son aîné de deux ans a souvent été de bon conseil. Plus
posé que Charles, Jean est devenu notaire, puis diplomate, un travail tout
désigné pour un homme qui a toujours privilégié la discussion à la
confrontation. Oui, Charles a souvent fait à sa tête après avoir reçu l’idée de
son frère, mais il ne peut s’empêcher de se tourner vers lui quand vient le
temps de prendre une décision importante.
Les frères Sieur ont perdu leur père alors qu’ils étaient jeunes
adultes. Leur mère est décédée il y a une dizaine d’années. Jean a joué le rôle
du paternel dans cette famille bien connue à Québec depuis des générations dans
l’industrie navale. Il aurait voulu que son jeune frère devienne notaire, comme
lui. Les deux Sieur auraient pu faire équipe pour former une étude de notaires
réputée et d’envergure, pensait-il. Charles a réfléchi et considéré l’offre.
Mais ce choix de carrière n’a pas été retenu. Pas assez enlevant pour un jeune
homme ayant soif d’un travail l’amenant à défendre des causes importantes, qui
carbure au défi, toujours prêt à en découdre avec ses adversaires.
Les professions choisies par les frères Sieur les ont menés
dans le monde des affaires. En tant que notaire, Jean s’est tourné vers l’immobilier
et les valeurs foncières. Charles a pu ouvrir un cabinet d’avocat lui donnant
accès à plusieurs projets dans la ville et la région québécoise. Les deux
hommes ont fait leur marque, ayant des entrées dans plusieurs sphères
d’activités économiques.
-
Ce qui se passe sur l’île n’a aucun sens,
enchaîne Jean, un homme âgé fin quarantaine au même physique élancé que son
frère cadet. Ça mérite d’être dénoncé. C’est épouvantable de penser que des
enfants se retrouvent devant rien. Leurs parents venaient chercher ici une vie
meilleure. Juste un bout de terre capable de les faire vivre. Ce voyage vers un
nouveau pays les a tués… Aujourd’hui, ces enfants payent un lourd tribut!
-
C’est justement ce dont je voulais te parler mon
frère. Louise a été se confesser l’autre jour et est revenue toute chavirée…
-
Bon, encore les curés!, intervient Jean
affichant une fois de plus son peu d’estime pour le clergé. Non, ils ne lui ont pas encore
demandé pourquoi elle n’était pas enceinte?
-
Oui, mais on lui a offert une alternative. On a
compris qu’on n’y arrivera jamais, depuis le temps qu’on essaie d’avoir un
enfant. Le curé de notre paroisse lui a suggéré l’adoption.
-
Oui, ça pourrait être une bonne idée, répond
Jean, n’ayant visiblement pas encore fait le lien - comme Catherine lors de sa
discussion avec Louise, quelques minutes avant dans un autre secteur de la
ville. Je connais un couple qui a adopté un enfant d’une crèche. Ses parents
sont morts lors des grands incendies de 1845. Le petit garçon était bébé et avait
été confié à un orphelinat.
-
C’est un beau geste, reprend Charles.
-
Je comprends, ce couple avait déjà quatre
enfants.
Jean prend du coup conscience de ce que son frère vient de
lui annoncer et ne lui offrant qu’un silence comme réponse. Il n’avait pas non
plus imaginé que Charles puisse adopter un enfant, encore moins un immigrant.
Âgé de surcroit. Provenant en plus d’un pays reconnu pour exporter ses
maladies.
-
Adopter un enfant de Grosse-Île? Tu n’y penses
pas! Ces gens-là sont malades. De maladies parmi les plus horribles, les plus
mortelles. Elles se transmettent si facilement. Personne ne veut aller
travailler sur l’île pour ne pas tomber malade. Ce n’est pas parce que rien ne fonctionne
comme il se doit à la station de quarantaine que vous devez vous sacrifier!,
lance-t-il, sur le point d’afficher sa colère.
-
Ce n’est pas encore décidé, tempère Charles pour
calmer son frère. Si nous le faisons, c’est pour aider tout en devenant des
parents. Pour faire en sorte que des enfants ne soient pas abandonnés parce que
personne ne veut d’eux.
Tranquillement, malgré la réaction négative de son frère, à
force d’y songer et d’en parler, Charles à son tour commence à se faire à
l’idée de devenir père d’un enfant qui n’est pas le sien.
-
Pour ce qui est des maladies, le curé Bouchard a
confirmé à Louise qu’un endroit à Québec allait servir d’orphelinat
spécialement pour les enfants provenant de Grosse Île. Une sorte de quarantaine
supplémentaire pour les enfants avant qu’on les confie aux couples. Il n’y aurait
donc pas de problème de contagion. Les enfants seront en santé. Le problème le
plus sérieux selon moi c’est que les enfants sont vieux, presque des
adolescents dans certains cas. Je me demande comment ils vont s’adapter? Ils
viennent d’un milieu bien différent du nôtre. Tu sais de quoi a l’air l’Irlande
depuis des années?
-
Bien entendu. La guerre napoléonienne a asphyxié
l’Angleterre et le reste du Royaume-Uni. La monoculture de la pomme de terre a
affamé la population depuis qu’une maladie a décimé les cultures. C’est la
pauvreté. Tout le monde veut fuir.
-
C’est pour cela que je me pose des questions.
Comme ils sont rendus à un âge plus avancé, ils vont avoir connu cette misère
et vont vivre un sérieux contraste en arrivant parmi nous. Tu ne trouves pas?
-
Bien entendu. Il y aura une certaine adaptation
à prévoir. Pour l’enfant… et pour vous deux. L’adoption va changer votre vie de
façon importante. Y avez-vous pensé?, demande Jean en se versant une autre
tasse de café après avoir rempli celle de son frangin.
- Nous n’avons pas abordé tous ces aspects encore. Il faudra en discuter un peu plus. Quand Louise m’en a parlé, je lui ai fait valoir les questions d’ordre juridique de l’adoption. Elle devait s’y attendre. Surtout qu’il est question d’un enfant provenant de l’étranger. Par exemple, qu’arrivera-t-il si l’enfant a déjà de la parenté au Canada? Ou si des membres de sa famille arrivent dans les mois ou les années à venir? Pourront-ils les réclamer? Il y a un danger. Ce sont des aspects que nous devrons examiner.
Prochaine parution, vendredi prochain!


Commentaires
Enregistrer un commentaire